Lettres et Tice

Portfolio profesionnel

Quelques impressions du Forum Social Mondial

Le Forum Social Mondial se tient actuellement, et encore pour quelques jours à Dakar, de telle sorte qu’il m’était difficile de ne pas aller y faire un tour. Après le défilé de dimanche,

Défilé sur Forum Social Mondial de Dakar1

les activités du forum ont commencé lundi, sur le campus universitaire de Cheikh Anta Diop.
On s’y promène au milieu d’une foule paisible mêlant étudiants, vendeurs ambulants, taximen à la recherche de clients et d’étrangers cherchant eux à se repérer dans le capharnaüm qu’est devenu le campus. Les panneaux d’indications sont aussi rares que les arbustes du sahel et quand on parvient à en trouver un on tombe sur ça :

Se repérer sur le campus de Dakar pendant le Forum Social Mondial2

Mercredi, je me suis arrêté sous unes des tentes qui abritent les débats pour écouter le témoignage d’une femme racontant, avec amertume et satisfaction, comment dans son village, le marabout qui avait en charge l’éducation de jeunes filles le weekend venait d’être condamné. Plus loin, j’ai intercepté les interventions de femmes de la région de Tambacounda, se plaignant de la piètre qualité de la formation des enseignants qui viennent, pour une année seulement, avant de repartir pour ailleurs, prendre en charge des classes de presque une centaine d’enfants, dans une région qu’il ne connaissent pas, et de laquelle ils savent par avance qu’ils partiront dans quelques mois. Elles racontaient également les classes à double flux, un groupe d’élèves le matin, un autre groupe le l’après-midi. Elles racontaient leur envie de voir leurs enfants éduqués et leur impuissance face à la pauvreté de l’état et aux solutions trop simplistes qui ont été proposées ces dernières années pour résoudre leurs problèmes.
Je suis parti sans écouter toutes les réponses des sociologues qui approuvaient, montrant sur d’autres ordres de grandeur que la situation éducative du Sénégal est encore loin de permettre “l’éducation gratuite de qualité pour tous” que réclamaient les nombreuses banderoles déployés parmi les tentes par le Cosydep et d’autres organisme qui se battent pour que ce droit fondamental soit reconnu. Formation des enseignants déficiente, manque d’investissement de l’Etat dans l’école publique, sentiment d’impuissance et de colères des parents d’élèves, que de thèmes qui font écho à ceux dont il est question ces derniers jours en France.

Jeudi, j’ai donc voulu aller écouter la conférence de synthèse sur l’éducation. J’ai avec soin examiné le plan, repéré l’amphi et finalement suivi en désespoir de cause un groupe qui, par chance, allait au même endroit que moi. Dans une salle de classe, autour de tables disposées en rectangle, une trentaine de personnes, représentant de syndicats, de réseaux, d’associations travaillant dans le domaine de l’éducation, formelle, informelle, pour les jeunes, adultes, venus du Mexique, d’Espagne, du Brésil, d’Angola, du Sénégal, d’Allemagne, de France, d’Italie, du Niger, d’Argentine, tenant de dégager les points de contact entre leurs différentes luttes. Autant de situations que de pays, mais des constats parfois identiques :
- un objectif commun “Une éducation de qualité gratuite pour tous” maintes fois répété, partagé aussi bien par les participants au forum que par les grandes institutions internationales, les Objectifs du Millénaire en ligne de mire, qui contraste avec des constats réitérés :
- la réduction de la dépense publique en matière d’éducation ;
- la précarisation du métier ; (les intervenants sénégalais parlaient clochardisation des enseignants !)
- le manque de formation des enseignants ;
- la préoccupation pour le sort des populations les plus fragiles (victimes de guerre, migrants…).

Face à des difficultés croissantes, le partage d’expériences, la mise en réseau des acteurs semblent être la seule voix pour résoudre globalement des situations locales tragiques.
Pour moi, une ouverture vers un monde de luttes que j’ai plusieurs fois croisé sans vraiment m’y impliquer, l’envie de faire quelque chose sans savoir par où commencer, si ce n’est pas ce bref billet.

  1. Photo
    deharris, on Flickr, licence creative commons []
  2. Photo Buen Viajero, on Flickr, licence creative commons []
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Peut-on échapper à la lecture anachronique du « Fumeur » ?

Le fumeur” est un sonnet de Saint-Amant dont voici le texte :

Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux figés vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir qui me remet du jour au lendemain,
Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre
Et passer mes ennuis à redire souvent:

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent
.

Après une séquence de cours sur le mouvement littéraire baroque, mes élèves de 1ère ont dû en faire le commentaire littéraire (sur table, bien évidemment, car il devient impossible de donner un commentaire littéraire à faire à la maison étant donné le nombre de corrigés que l’on trouve sur internet après deux minutes de recherche).

Or, à la lecture des copies, je me rends compte que les trois quarts des élèves ont fait le même contresens : pour eux le poème est une sorte de soutien à la campagne anti-tabac et la visée principale du texte est de nous faire comprendre les souffrances engendrées par la fumée (en général de cigarette, même si le premier vers précise “une pipe à la main”.)

La description qu’Annie Rouxel fait des erreurs de lecture correspond tout à fait. Elle parle, dans Enseigner la lecture littéraire 1 des mauvaises interprétations causées par la non-distance et la lecture anachronique des oeuvres : elle “consiste à substituer le référent du lecteur au référent absent”. A. Rouxel explique ensuite : “Ce processus intervient généralement lorsque les adolescents se sentent impliqués par la problématique du texte”  ; et c’est sans aucun doute le cas avec le tabac. Elle poursuit en écrivant : “Cette lecture sélective, gouvernée par la projection de l’expérience personnelle sur l’univers fictionnel entraîne une véritable cécité face au texte”. Le texte de Saint-Amant est lu à travers un filtre et ses éléments deviennent le support d’une interprétation erronée : les “cruautés de [s]on sort inhumain” fait donc référence, dans les copies, à la douleur du “drogué de tabac” qui ne peut plus se passer de fumer, même s’il sait que cela le tue.

J’imagine que la lecture était conditionnée d’une part par les nombreux messages de santé publique que les adolescents ont entendu, mais également par le cadre scolaire de l’exercice : il leur a sans doute semblé difficile que l’école ne leur donne pas un texte condamnant explicitement l’usage du tabac.

Le cours ne permettait-il pas d’éviter ce contresens. Sans doute en partie. La figure de la mélancolie, la comparaison entre la vanité de l’existence de l’homme et une “vapeur” (étudiée dans un poème d’Auvray, “Hélas, qu’est-ce de l’homme… ?”)2  devait permettre d’interpréter correctement le texte. Mais, je me suis rendu compte que d’autres aspects du cours soutenu les élèves dans leur mauvaise interprétation. Ainsi, l’analyse d’un sonnet de Beaujeu, “Je meurs, ô doux baisers…”3, avait permis de mettre en évidence le sort de l’amant qui apparaissait comme un supplicié soumis aux baisers de sa belle qui le faisait à la fois mourir et revivre. Le motif de l’alternance, de l’instabilité des sentiments était présent ici, mais il n’a en général que renforcé l’image du pauvre Saint-Amant, supplicié par la dépendance au tabac.

  1. A. Rouxel, Enseigner la lecture littéraire, PUR, 1996, Rennes []
  2. Je teste ici nouveau lecteur exportable de Gallica. Vous pouvez ainsi lire La pourmenade de l’âme dévôte, d’Auvray :

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  3. Et Les Amours de Christophle de Beaujeu

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Littérature et société : lire le paysage

On commence cette semaine au lycée les enseignements d’exploration et je suis en charge avec une collègue d’histoire-géographie du cours Littérature et société. Nous nous sommes mis d’accord il y a quelques mois sur les deux thèmes que nous souhaitions traiter parmi toutes les possibilités offertes par le programme, et avons choisi de commencer par le paysage.

1. La liberté pédagogique dans le cadre de l’enseignement d’exploration “Littérature et société”.

Après les premières heures de cours et surtout après les nombreuses heures de préparation, je retiens deux aspects intéressants de ce nouvel enseignement :

- la grande liberté qui est donné aux enseignants de matières différentes de travailler ensemble ;

- la démarche active qui est requise de la part des élèves à travers une pédagogie de projet et la création de portfolios.

Cela dit, la liberté pédagogique est souvent un piège, parce qu’elle implique de faire des choix et de passer beaucoup de temps à créer un ordre dans la masse des possibilités. De même, proposer des projets intéressants qui motiveront les élèves en leur laissant de l’espace d’initiative tout en les guidant dans l’acquisition de connaissances et de compétences nouvelles se révèle complexe.

2. Le travail d’élaboration du cours

Pour mettre tout cela en ordre, je suis parti des situations de travail qui me semblaient pertinentes et des compétences qui étaient mises en jeu et qu’on devait travailler. Dans un premier temps, cela a donné le tableau suivant :

Je me suis lancé dans un schéma qui donnait à peu près ceci :

3. Le projet de cours : “Lire le paysage”

Finalement, je suis parvenu à organiser le cours autour des axes suivants :

- la formulation d’une question qui servira de point de départ pour la réalisation d’un projet par les élèves : “Le paysage, une richesse pour le Sénégal ?” (la problématisation de ce sujet fera l’objet du premier cours) ;

- le déroulement des séances de cours, (mêlant français et géographie, travail en classe et sorties d’observation…) et la création d’un site de ressources pour le cours : sassolini.fr/paysages

- un réseau de blogs qui permettra à chaque élève de créer un portfolio de son travail : sassolini.fr. Je développerai cet aspect dans un prochain article.

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Deux jolis sites : « BNF enfants » et « Littérature à contraintes »

J’ai récemment découvert deux jolis sites qui s’adressent à des publics différents. Leur points communs ? Il sont tous les deux très bien faits et surtout mêlent habilement le texte et l’image dans une démarche transversale.

Le premier est un site dédié aux enfants par la BNF

Outre une salle de lecture, il propose des parcours sur les lettres de l’alphabet, les miniatures indiennes et le roi Arthur. Ces parcours s’appuient sur des albums jeunesse, ou des illustrations que les jeunes lecteurs sont invités à découvrir à travers de petits jeux. Ces jeux sont centrés sur la lecture de l’image (identification de personnages ou d’objets à partir d’une description, par exemple) et sur le langage (l’invention de l’alphabet, les mots français provenant d’autres langues…).
Notons toutefois que ces activités ne sont pas nouvelles, puisqu’elles étaient disponibles sur les sites des différentes expositions de la BNF. (http://expositions.bnf.fr/), sites plus riches pour des exploitations en classe. Le site enfants.bnf me semble donc plus intéressant pour une découverte individuelle que pour un travail scolaire. Personnellement, j’ai passé pas mal de temps à découvrir la “réserve de livres rares”.

Visiter le site à cette adresse : http://enfants.bnf.fr/index.htm

Le second site est consacré à la littérature à contraintes

Le site est créé par l’université de Rennes. Il est constitué de trois chapitres : oulipo, extension à la prose ; poésie et prouesse ; lecture potentielle (à la recherche d’une contrainte connue). Il s’agit essentiellement de deux conférences enregistrées (pour les deux derniers chapitres) et d’une présentation de quatre romans oulipiens. Rien donc de très nouveau, mais le site est joli, les conférences intéressantes et l’approche transversale qui a permis de regrouper ces ressources pertinente. Le cours sur les louanges de la Sainte Croix, de Raban Maur, est passionnant.

Visiter le site à cette adresse : http://www.sites.univ-rennes2.fr/crea/litterature-contraintes/

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