Le problème du prof de français au lycée
Sans doute comme tout professeur de français au lycée je suis confronté au problème récurrent du plagiat.
Cela m’a tout d’abord frappé, à l’occasion de lectures cursives données à la maison. Je me suis vite rendu compte que certains élèves ne se donnent plus la peine de lire les livres, mais se contentent de résumés piochés ici ou là. Cela donne de jolis résumés entièrement recopiés à la main pour les plus courageux, vaguement mis en page pour les autres. J’ai même eu un élève qui m’a projeté directement dans une scène des 400 coups en m’affirmant qu’il n’avait pas copié mais appris par coeur une présentation trouvée sur internet.
De façon plus général, tout travail de français donné à faire en dehors du cours devient l’occasion d’une recherche passionnée de la solution sur internet. Pour le professeur, cela se traduit par une recherche non moins passionnée de sujets d’écriture dont la solution ne se trouve pas sur internet.
Enfin, quand il s’agit de travaux de recherche documentaire, on atteint les sommets du “copier-coller”.
Le problème n’est bien sûr pas nouveau1, mais indubitablement, internet a facilité la mise en ligne et l’accès à ces informations. Gratuits ou payants, les corrigés de devoirs abondent, mis en ligne soit par des élèves, soit par des professeurs bien attentionnés qui mettent à disposition de leurs élèves des corrigés sur leur blog pédagogique et les documents trouvés en ligne invitent à la paresse du simple plagiat.
Surveiller et punir
En commençant l’année, j’ai directement affronté le problème sans attendre le premier devoir pour sévir. J’ai donc averti les élèves qu’internet recelait une source d’informations importantes qu’ils étaient invités à utiliser, mais qu’ils n’étaient pas autorisés de recopier des devoirs entiers. J’ai également souligné combien il était simple de détecter le plagiat, justement grâce à internet, et que tout coupable serait sévèrement sanctionné.
Il existe en effet une multitude de services qui permettent de vérifier si les devoirs des élèves sont plagiés.
Turnitin
PaperRater
The Plagiarist Checker
Plagium
Cependant, il ne semble pas qu’il faille se fier aveuglément au jugement de ces logiciels. A la lecture de cet article de eCampusNews, Study questions plagiarism-detection software, on est amené à faire preuve de prudence. En effet, ces logiciels révèlent de nombreux faux-posititifs ; la faute n’en est cependant pas aux logiciels eux-mêmes, selon leurs constructeurs, mais aux attentes trop élevées de leurs utilisateurs. Ces logiciels ne servent pas à détecter les plagiaires, mais à trouver des correspondances entre des textes et leur base de données. Il est donc nécessaire d’étudier de près les rapports générés par ces logiciels avant de condamner un devoir.
Le plus simple reste pour moi de faire une recherche sur Google d’une expression qui semble particulièrement suspecte dans une copie d’élève en la plaçant entre guillemets. Le niveau d’expression écrite s’améliorant soudainement au détour d’une phrase, il est très simple de faire une brève recherche grâce au moteur de recherche.
Après une ou deux sanctions données à quelques élèves de chaque classe, le nombre de plagiat semble diminuer nettement (à moins qu’ils n’améliorent leurs techniques). Cependant, je pense que la surveillance et la punition ne peuvent suffire, mais qu’il est également nécessaire de mettre en place des activités et de modifier mes pratiques pédagogiques concernant les devoirs de français.
image : wikipedia
- voir l’article de Rebecca Moore Howard and Laura J. Davies, Plagiarism in the Internet Age, dans le volume 66, numéro 6 de mars 2009de Educational Leadership [↩]
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